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  • Géné infertile by EF

Quand ta vie bascule en deux dates



Tout d'abord, le bonheur :

Nous sommes le 25 novembre 2020. Alors que la France est en confinement, je me retrouve dans une salle d'attente à Barcelone. Pendant que les minutes s'écoulent, tout un tas d'émotions surgissent. Je ne dirai pas que je me sens stressée mais plutôt chamboulée. J'y suis enfin, mon rêve est sur le point de se réaliser. 1h avant, j'étais encore dans ma chambre d'hôtel à faire les 100 pas, à attendre ce moment fatidique...


Me voici donc dans l'univers de la PMA, à l'Institut Marquès, LA clinique que j'ai choisie pour vivre cette première expérience. Dans quelques instants, je vais avoir recours à une adoption d'embryon*.

Les assistantes nous rejoignent. Nous, c'est ma mère et moi. Car pour celles et ceux qui n'auraient pas suivi l'aventure depuis le début, j'ai décidé de faire cette PMA en solo. Alors l'unique soutien dont j'avais besoin à ce moment précis de ma vie, c'était ma mère.


Après quelques explications et un peu de paperasse à remplir, les assistantes nous dirigent vers un premier médecin, qui nous donnent des informations sur l'état de l'embryon décongelé et sur les donneurs (pour rappel, en Espagne le don est anonyme donc les informations données concernent uniquement l'âge, le groupe sanguin et la couleur des yeux et cheveux). Je sens l'excitation monter. Tout me semble parfait, je me sens comme dans un cocon. Il est maintenant temps de se préparer pour aller en salle de transfert. Une petite musique d'ambiance m'attend et contribue à ma détente.

La biologiste me présente l'embryon à l'écran et m'explique comment il est censé se développer dans les prochains jours. Puis elle le ramène dans la salle, le place sur le cathéter et le médecin procède enfin au transfert. Ma mère, assise à côté de moi, me tient la main. Au même moment, l'échographe nous montre l'embryon entrer dans l'utérus. Un moment magique...

Une fois le transfert terminé, ma mère et moi nous mettons à pleurer. En un regard, nous comprenons que ce qui vient de se passer est l'aboutissement d'années de souffrance et de sacrifices. Un soulagement nous envahit. Par pudeur, l'équipe médicale nous laisse 5 minutes, rien que toutes les deux. Et puis on s'aperçoit que c'est aussi simple que cela : un transfert, 5 à 10 minutes de repos, et nous voilà reparties à l'hôtel. Dès le lendemain, nous pourrons retourner en France.


Puis l'attente :

Toutes les personnes qui sont passées par la PMA connaissent cet état d'attente, entre le jour du processus et l'annonce des résultats.

Dans l'ensemble, cette attente ne m'a pas trop perturbée. J'étais plutôt positive. La progestérone, que je devais prendre à heures régulières, me déclenchait déjà des symptômes de grossesse. Alors je les ai accueillis, sereinement.

Mais un matin, en ouvrant les yeux, les larmes coulent. La sérénité a cédé sa place à la peur et la panique. Quelque chose ne va pas. Je me sens vide. Un vide profond, indescriptible. Dans les jours qui suivent, j'ai beau tenté de faire bonne figure jusqu'aux analyses de sang, mais au fond de moi, je sais...


Et enfin, le verdict :

7 décembre 2020. Je pars faire mes analyses de sang tôt le matin. J'ai retrouvé mon optimisme et y croit dur comme fer : je suis enceinte !

Les heures paraissent des jours en attendant les résultats. Je trépigne d'impatience.

Et enfin, ils arrivent sur ma boîte mail. Toujours convaincue que cela a fonctionné, je prépare déjà mon téléphone en mode vidéo pour envoyer à ma famille la bonne nouvelle.

Mais c'est la chute ! Vertigineuse. Comme si quelqu'un m'avait poussée d'un balcon et que j'étais tombée de 10 étages. Le souffle coupé. Aucun mot ne sort de ma bouche. Je suis là, seule chez moi, devant cet écran. Je dépose mon téléphone d'un geste lent, coupe la vidéo et les larmes coulent...de nouveau. Toujours se fier à son instinct. Le premier. Pas celui que ton égo met ensuite en place pour te rassurer. Le premier ! Celui que j'avais ressenti quelques jours auparavant. Le vide. Oui, je savais bien avant les résultats que mon embryon ne s'était pas développé, que son âme m'avait quittée. Et me voici confrontée à ce que je pensais. Vous pensiez que c'était le plus difficile ? Non, le plus difficile, c'est l'après. Quand tu dois annoncer à ta famille que ça n'a pas marché. Quand tu dois envoyer les résultats à la clinique. Quand le personnel de la clinique te rappelle pour te dire qu'il est navré que cela n'ait pas marché.


L'après :

Les montagnes russes. Il n'y a pas d'autres mots. Un jour, tu te réconfortes comme tu peux en te disant que si ça s'est passé ainsi, c'est que ce n'était pas le bon moment, que ce n'était qu'un premier essai après tout.

Et le jour d'après c'est la chute, l'envie de tout péter. La tristesse et la colère se mélangent. Quand tu entends les gens te dire "N'abandonne pas, retente, ça marchera peut-être la prochaine fois", t'as envie de leur répondre "Ah oui, et tu me donnes les 4 000 balles pour recommencer ? Parce que oui, moi femme célibataire, je n'ai toujours pas droit à la PMA remboursée par la sécu dans mon propre pays. On en parle de ça ?". Ce sentiment d'injustice t'envahit, jour après jour.

Et dans toute cette injustice, j'ai aussi repensé à mes ex. Pas n'importe lesquels. Ceux avec qui j'avais ce projet d'enfant. Ceux qui se sont défilés quand j'ai évoqué l'adoption ou la FIV. Ceux à cause de qui je me suis retrouvée à faire cette PMA seule. Parce qu'un projet d'enfant qui est en toi depuis 9 ans et qui n'aboutit pas, ça fait long !


Aujourd'hui :

Tellement d'émotions m'ont envahie depuis ce 7 décembre : la tristesse et la colère, comme je disais plus haut, mais aussi le dégoût. Une courte période pendant laquelle je me suis dit "Mais en fait, pourquoi tout cela ? Pourquoi avoir fait autant de sacrifices dans ma vie ? Est-ce que cela en valait vraiment la peine ?".

Hé bien oui, cela en valait la peine. Car malgré cet échec, la personne que je suis aujourd'hui et que je serai dans quelques mois n'est plus la même qu'avant. Qu'on le veuille ou non, porter la vie en soi, que ce soit l'espace de quelques heures ou quelques jours, ça change la donne. Un embryon, c'est tout de même une cellule vivante, qui d'une manière ou d'une autre entre en connexion avec toi. Et quand cette cellule cesse de vivre, c'est une part de toi qui part avec. Alors aujourd'hui, je suis dans un travail de "déconstruction" : déconstruire cet idéal que je me faisais de la maternité, déconstruire le schéma familial que j'avais imaginé, déconstruire cette image de femme forte que j'ai toujours envoyée, déconstruire...pour reconstruire : un nouveau parcours de PMA peut-être, un nouveau schéma familial pour sûr, une nouvelle moi.


From EF with love.



Adoption d'embryon : un couple ayant eu recours à la PMA fait don de ses embryons surnuméraires, une fois qu'il est certain qu'il n'y aura pas d'autres projets d'enfant à l'avenir. Du côté du couple, on appelle donc cela un "don d'embryon". C'est une pratique plus simple et moins onéreuse pour la receveuse puisque l'embryon est déjà conçu et qu'il n'y a plus qu'à le transférer à l'entrée de l'utérus.

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